« Internet (…) ne doit en rien se substituer aux musées » Nicolas Alpach

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Pierre-Marie Bonnaud : Bonjour Nicolas Alpach, et merci de nous avoir accordé cette interview. pour commencer pouvez-vous nous présenter votre parcours universitaire et ce qui vous a conduit au milieu culturel ?

Nicolas Alpach : Bonjour Pierre-Marie, merci à vous. Cette première question est peut être la plus difficile car je ne saurais dire si c’est le milieu universitaire qui m’a mené au milieu culturel, ou le milieu culturel qui m’a mené à l’université. Je suis actuellement en troisième année d’Histoire et l’art et Archéologie à l’Université Paris Sorbonne, et l’idée de tenir unpointculture.com était pour moi une excellente occasion d’apporter un peu de pratique à la théorie qu’offre cette formation, et il est vrai qu’aussi passionnante soit-elle, cette licence se passe essentiellement en bibliothèque ou au sein des musées. Je souhaitais à côté de tout cela, vivre pleinement cette passion et fréquenter les acteurs de la vie culturelle. On y rencontre de nombreuses personnes passionnées qui m’ont très bien accueilli, et m’ont toujours aidé et encouragé dans cette entreprise personnelle.

PMB : Vous êtes rédacteur en chef chez unpointculture.com, comment définiriez-vous votre métier ? Quelles sont vos missions et vos pratiques?

NA : Avant d’être un métier, écrire pour pointculture est avant tout une histoire de passion que j’essaye de partager avec le plus grand nombre de mes lecteurs. J’aspire avant tout à donner envie à ceux qui liront mes reviews d’expositions ou chroniques, de se rendre par eux-mêmes dans les musées pour se faire leur propre avis sur l’exposition temporaire sur laquelle j’ai écrit par exemple. Au cours de mon cursus universitaire, j’ai rencontré quelques camarades de promo qui sont devenus par la suite des amis et des rédacteurs sur le site. En plus des expositions temporaires et manifestations culturelles à couvrir, nous essayons de proposer le plus de chroniques possibles ayant toujours un lien direct avec l’art et la culture. Des focus sur des artistes aux lieux et oeuvres méconnues du Louvre, en passant par les liens entre l’art et la politique, histoire de varier au mieux notre propos pour que tout le monde y trouve son compte, tout en essayant de ne pas tomber dans le blog fourre-tout, type «lifestyle».

PMB : En quoi selon vous, internet a modifié les rapports à la culture ?

NA : Internet rend la culture plus accessible que jamais, mais il ne doit en rien se substituer aux musées. Il offre une mine d’informations inépuisable sur les oeuvres et leur histoire, je pense par exemple à la bibliothèque numérisée de la BNF, Gallica, où des milliers d’écrits, estampes, dessins de trouvent en libre accès, en un simple clic. Wikipédia sur lequel on aime bien tirer, a le mérite de fournir une première approche sur un thème précis, et de fournir une première bibliographie pour creuser un thème étudié. N’oublions pas les sites internet des musées qui avec les informations pratiques sur les visites, proposent moult ressources sur les oeuvres des collections, comme le site du MET,  de la National Gallery, du Prado ou encore la base Atlas du musée du Louvre. Viennent enfin les réseaux sociaux. Tous les musées ou presque disposent maintenant d’un compte Twitter et Facebook, et en plus de fournir nombreuses informations sur leur actualité, ces comptes créent un rapport direct avec les internautes qui peuvent échanger avec eux, leur faire part de leur expérience etc… (quand ceux-ci répondent, ce qui n’est pas le cas pour tous)

PMB : Vous êtes également community manager de la chronique culturelle Tableauscopie sur France Info. Quelles sont les qualités essentielles d’un bon CM ?

NA : J’étais. Avec Tableauscopie, nous avons voulu offrir bien plus qu’une simple vidéo Dailymotion postée quotidiennement sur la page Facebook et Twitter. Cette chronique culturelle avait pour fil rouge les oeuvres et rien que les oeuvres, il était donc essentiel de proposer d’autres contenus et activités pour rendre l’expérience beaucoup plus enrichissante. Ainsi, nous proposions aux visiteurs de constituer de temps en temps une sorte de «Musée Imaginaire», en nous proposant leurs oeuvres préférées (leurs plus beaux paysages par exemple), que l’on réunissait au final au sein d’un album photo Facebook et constituait une véritable petite galerie virtuelle. A travers «Le Détail» nous présentions sur la page des fragments de toiles plus ou moins facile à trouver, c’était par la suite aux internautes de jouer et suggérer les oeuvres dont le détail pouvait être tiré (ils étaient drôlement forts je dois vous l’avouer.) Enfin, nous postions régulièrement des photos des coulisses des tournages, au sein des salles du Musée du Louvre. A travers ces exemples, je pense que les qualités d’un bon CM sont évidentes, il doit offrir une véritable prolongation de l’expérience de l’émission sur laquelle il travaille, tout en restant à l’écoute de ses abonnés.

PMB :Comment considérez-vous les réseaux sociaux, faut-ils les considérer comme de simples dispositifs techniques du traitement de l’information ?

NA : Il serait réducteur de considérer les réseaux sociaux comme de simples dispositifs techniques du traitement de l’information. Dans mon cas il est vrai que je ne regarde pas la télévision et je consulte très peu les sites d’actualités aux titres quelques peu racoleurs pour rester poli, Twitter reste donc ma principale source d’accès à l’information. J’aimerais revenir au milieu de la culture et montrer un autre aspect positif des réseaux sociaux à travers l’exemple du Musée Carnavalet, qui est pour moi le musée qui s’est approprié judicieusement Twitter. Loin de le considérer uniquement comme un réseau comme un autre pour diffuser ses actualités, il propose une véritable prolongation de l’expérience de visite que l’on peut trouver au sein son musée. Histoire de Paris oblige, il fournit quotidiennement de nombreuses anecdotes sur l’histoire de Paris et ceux qui ont fait cette ville, évoque la capitale à travers la littérature et se permet parfois quelques libertés avec «le vendredi tout est permis» en taquinant par exemple, l’art contemporain à travers le sketch des Inconnus. Ses followers sont ainsi considérés comme de des visiteurs qui ne se trouvent plus dans les salles du musée mais devant leur écran, ayant toujours soif de culture et d’anecdotes sur l’histoire de Paris.

PMB : Quelles questions auriez-vous aimé que l’on vous pose et quelle réponse y auriez-vous apporté ?

NA : Qui est en première base ?

PMB : Merci Nicolas Alpach de nous avoir accordé cette interview.

NA : Merci encore

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« Faire un diagnostic juste sur ce qui se passe autour de nous », Lucas Delattre

image002 Pierre-Marie Bonnaud : Bonjour Lucas Delattre et merci de nous avoir accordé cette interview. Pour commencer pouvez-vous nous présenter votre parcours universitaire et ce qui vous a conduit à la communication ?

Lucas Delattre : merci à vous pour l’intérêt que vous portez à ce que nous faisons à l’IFM. Après l’Ecole Normale Supérieure (en histoire), je suis devenu journaliste, afin de mettre les deux pieds dans le monde réel avant de passer un jour éventuellement à l’enseignement. J’ai été correspondant de presse en Allemagne pendant 8 ans (1989-1997, d’abord en freelance, puis pour Le Monde), puis à la rédaction centrale du Monde (1997-2001, service étranger). Puis j’ai quitté le journalisme car j’en avais épuisé les charmes, n’appréciant pas spécialement l’ambiance d’une rédaction à Paris, et ayant le sentiment qu’avoir été correspondant à l’étranger était le mieux qu’on pouvait faire dans ce métier. Je suis ensuite entré au Conseil de l’Europe, dont j’ai dirigé le bureau de Paris pendant 3 ans (2002-2005), une mission qui relevait surtout du domaine de la communication. Ensuite, par le hasard des rencontres et des amitiés, je suis entré à l’IFM pour réaliser une mission de quelques semaines, et ça fait huit ans que j’y suis…

PMB : Vous êtes responsable de la communication de l’Institut français de la mode, comment définiriez-vous votre métier ? Quels sont vos missions et vos pratiques ?

LD : Mon métier est de concevoir et faire circuler toutes les informations utiles concernant l’IFM, à l’attention de nos publics : étudiants, futurs étudiants, anciens étudiants, professionnels… Dans la pratique, je suis un peu le « standardiste bis » de la maison, car je dois consacrer une bonne partie de mon temps à répondre à des sollicitations intempestives, des questions de toutes sortes, des propositions de partenariat… Plus sérieusement, la mission consiste à prendre la parole, à écrire, à publier et diffuser des textes et des images (photos et vidéos) qui rendent compte de toutes les activités de l’IFM à l’attention de publics variés. Par ailleurs, je passe de plus en plus de temps à enseigner (les médias/la communication) et comme les étudiants et les étudiantes de l’IFM sont exceptionnellement doués et sympathiques, je ne m’ennuie jamais. Ce que nous faisons avec mes étudiants : travaux d’enquête et d’écriture individuels et collectifs, rencontres avec des professionnels (journalistes et patrons de presse, responsables de communication, responsables de contenus print et web dans de grands médias et des médias de marques, publicitaires, bureaux de presse, photographes…).  Ce que j’apprends à mes étudiants : – Identifier le vrai et le faux, l’essentiel et le superflu, le contenu fort et le contenu faible, autrement dit tenter de faire un diagnostic pertinent à partir de ce qu’on voit et de ce qu’on entend ; – Percevoir les enjeux, les rapports de force, les intérêts en jeu dans n’importe quel sujet ; – Enquêter, informer, raconter des histoires, créer des contenus intéressants, pertinents, éventuellement divertissants ; – Comprendre l’ « économie de l’attention » pour apprendre à gagner les cœurs et les esprits ; – Mettre en scène et donner du sens à ce qu’on voit et à ce qu’on entend, travailler la présence à l’oral ; – En finir avec les phrases qui ne veulent rien dire et les images creuses (no bullshit) ; – Désapprendre à écrire comme on le ferait pour un guide touristique, apprendre à écrire plutôt comme on le ferait pour un bon journal ; – Parler pour être entendu, convaincre, persuader, séduire… En filigrane du cours et des multiples rencontres, il y a la question du rapport à l’espace et au temps qui se pose dans le contexte de la révolution numérique. On explore et on apprend à maîtriser les enjeux du web, du référencement, et des techniques de plus en plus variées permettant de transmettre informations, messages, idées, images…  On analyse en particulier le rôle central de la collecte et de l’analyse des données (big data, indexation généralisée des contenus), la domination du « temps réel » (accélération du temps, infobésité, etc.), la remise à plat des circuits d’information traditionnels (horizontalité des réseaux). Sont identifiés les différents métiers et les compétences en jeu dans le grand écosystème de l’information et de la communication.

PMB : Quels sont selon-vous les critères essentiels d’une bonne communication dans le milieu de la mode ?

LD : les critères essentiels d’une bonne communication (mode ou pas mode) sont simples : il s’agit de délivrer des messages clairs et que ceux-ci soient entendus par ceux auxquels ils sont destinés. Sur le papier, c’est très simple. Dans les faits, c’est un peu plus compliqué. Par ailleurs, il faut éviter à tout prix le « bla-bla » qui est assez fréquent dans la mode (où la forme l’emporte souvent sur le fond).

PMB : Vous avez écrit en février, un article sur le sens de la mode pour la Revue des deux mondes, quelle importance doit-on, particulièrement dans la communication, donner à « la vie élégante » (Balzac). Est-ce une simple question d’image ou plus encore de crédibilité ?

LD : La « vie élégante » signifie pour moi que l’habillement n’est jamais un détail anodin et que les choix vestimentaires sont une affirmation de soi très importante : parmi les photos qui résument pour moi l’importance de la mode, il y a avant tout une femme pendant le siège de Sarajevo en 1995 (photo de Tom Stoddart), qui marche fièrement vêtue d’une robe à fleurs et qui semble dire aux snipers : « vous pouvez me tuer, je ne perdrai pas ma dignité »… http://www.thisisthewhat.com/2012/05/tom-stoddart-women-of-sarajevo-revisited/ image001 Je dirais la même chose des femmes kurdes d’Irak fuyant l’Etat islamique, photographiées par Bulent Kilic (AFP), et dont le vêtement traduit une classe et une dignité incroyables au milieu d’une telle épreuve.

PMB : Comment considérez-vous les réseaux sociaux, faut-ils les considérer comme de simples dispositifs techniques de traitement de l’information ?

LD  : les réseaux sociaux sont un outil essentiel de communication, ils permettent de diffuser largement des contenus que tout le monde peut retrouver facilement sans forcément nous connaître (grâce au référencement et aux hashtags, par exemple, deux outils qui transforment complètement le partage et l’accès à l’information).

PMB : Si vous deviez choisir un livre, film, une œuvre musicale ou une citation pour vous résumer ou qui vous parle particulièrement, quel serait-il ? 

LD : If only God would give me some clear sign, like making a large deposit in my name at a Swiss bank (Woody Allen)

PMB : Quelle question auriez-vous aimé que l’on vous pose et quelle réponse y auriez-vous apporté?

LD : comment voyez-vous l’avenir ? De mon côté, je balance entre l’espoir et le désespoir. On vit une période d’une complexité inouïe, passionnante à bien des égards et très préoccupante à la fois. Il me semble que la plus grande difficulté reste, encore et toujours, de faire un diagnostic juste sur ce qui se passe autour de nous. Ce que nous essayons de faire, à notre modeste échelle, avec mes étudiants de l’IFM.

PMB : Merci Lucas Delattre de nous avoir accordé cette interview

LD : merci à vous surtout et que l’avenir vous soit favorable!

« Divvy Media est une agence spécialisée dans le Native Advertising », Virginie Folgoas

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Pierre-Marie Bonnaud : Bonjour Virginie Folgoas et merci de nous avoir accordé cette interview. Pour commencer pouvez-vous nous présenter votre parcours universitaire et ce qui vous a conduit à la communication ?

Virginie Folgoas : Merci à vous de vous être intéressé à Divvy Media et de contribuer au développement de notre notoriété!

J’ai un parcours assez classique dans le monde de la communication : après le bac, j’étais curieuse de découvrir le BTS Communication des Entreprises, car j’ai toujours aimé la publicité (je crois que la génération 90 a grandi avec et en garde de bons souvenirs!) mais je ne savais pas réellement ce qui m’attendais. C’est une formation assez générale finalement, mais suffisamment intéressante pour me donner envie de poursuivre dans cette voie. J’ai donc ensuite poursuivi mon parcours à Nantes, à Sciencescom, l’école de communication du groupe Audencia où j’ai effectué un Bachelor en communication des Entreprises puis un Master 2 en Communication de Marque. C’est une école très accueillante qui m’a ouvert beaucoup de portes grâce aux stages que j’y ai effectué, notamment le stage de fin d’études à Barcelone dans le cadre du programme Erasmus qui m’a donné envie de créer aujourd’hui Divvy Media!

PMB : Vous êtes fondatrice et project manager chez Divvy Media une agence de communication digitale comment définiriez-vous votre métier ? Quels sont vos missions et vos pratiques ?

VF : Fonder une entreprise est de loin la meilleure idée de métier qui m’est traversé l’esprit ! C’est une véritable aventure chaque jour et on se doit d’être très polyvalent. C’est beaucoup de pression mais aussi beaucoup de liberté dans la méthode de travail que l’on souhaite mettre en place. Mon rôle de chef de projet se complète à celui de mon associé qui assure le rôle commercial. Même si en tant que fondatrice, je me dois également d’assurer ce rôle au quotidien !

Mes missions de chef de projet consistent à établir le lien entre les annonceurs et les ambassadeurs que nous choisissons dans le cadre de campagnes de communication, développer nos partenariats avec les différents acteurs de ce marché… Je pourrais difficilement vous faire une liste exhaustive de mes tâches car quand on est chef d’entreprise on découvre de nouvelles missions tous les jours et s’est ce qui rend cette aventure toujours plus enrichissante.

PMB : Votre agence est spécialisée dans le native advertising pourriez-vous nous présenter cette méhode ?

VF : En effet, Divvy Media est une agence spécialisée dans le Native Advertising, une nouvelle tendance de communication qui se développe et qui, je crois, promet une multitude de d’opportunités de communiquer différemment.

Notre mission est de proposer aux annonceurs de mettre en avant leurs produits ou services grâce à l’appui « d’ambassadeurs » de la marque c’est à dire des blogueurs influents. C’est une communication qui se veut non intrusive car elle est intégrée au contenu éditorial des supports digitaux, elle prend naturellement sa place parmi un contenu qui lui ressemble. L’internaute est confronté à une publicité native qu’il a le choix ou non de lire. Qui aujourd’hui aime les pop-up ? 🙂

Il est important pour nous que toutes les parties prenantes soient satisfaites par ce type de publicité : l’ambassadeur est sélectionné est fonction de la ligne éditoriale de son blog mais aussi de son intérêt réel à parler du produit, l’internaute découvre un contenu proposé par un blogueur auquel il s’identifie, l’annonceur propose un contenu original, une expérience différente. On est vraiment dans l’ère du « brand content », où la marque a besoin d’engager sa cible en lui proposant une expérience plus qu’un simple message promotionnel.

Notre objectif est de convaincre les annonceurs qu’au-delà de la course au nombre de clics / visites, il est important de proposer un contenu de qualité efficace qui permettra de rassembler une communauté.

PMB : Quelle place accordez-vous au big data ?

VF : Le big data, c’est assez anxiogène comme terme je trouve 🙂

Pour une petite entreprise comme la notre, il est difficile de parler de Big Data dans la gestion au quotidien mais comme c’est un terme qui englobe énormément de notions, on peut dire qu’il est quasi incontournable pour les entreprises aujourd’hui d’en tenir compte, notamment dans l’apparition de nouveaux outils de gestion des données.

PMB : Comment considérez-vous les réseaux sociaux, faut-ils les considérer comme de simples dispositifs techniques de traitement de l’information ?

VF : Dans notre approche, les réseaux sociaux occupent une place très importante car ils font partie des outils que nous utilisons pour la diffusion du contenu des marques.

Dans un premier temps nous utilisons les réseaux sociaux des ambassadeurs de marque afin qu’ils diffusent l’information auprès de leur communauté.

Et nous accompagnons également les annonceurs dans la création et l’animation de réseaux sociaux avec des contenus adaptés à chaque réseau.

Il est important d’adapter sa prise de parole que ce soit sur Facebook / Twitter / Instagram…tout en gardant une cohérence dans le message, car ces différents supports ont une utilité et un potentiel de viralité bien distincts.

Je le vois chaque jour lorsque nous alimentons nos propres réseaux sociaux, presque aucun de nos Tweets n’est relayé à son tour sur Facebook ou inversement car nous y voyons deux audiences biens différentes qui viennent chercher / recevoir des informations bien distinctes et parfois complémentaires.

PMB : Quelle question auriez-vous aimé que l’on vous pose et quelle réponse y auriez-vous apporté?

VF : Et si vous me demandiez si l’aventure de création d’entreprise était à refaire?! Je vous dirai que j’étais loin d’imaginer tout ce que cela impliquerai (non seulement du point de vue de l’enrichissement personnel mais aussi en terme de stress je dois l’avouer) mais je renouvellerai l’expérience avec plaisir et avec plus de recul.

Tant que l’on croit à son propre projet, rien ne devrait pouvoir nous arrêter!!

PMB : Merci Virginie Folgoas de nous avoir accordé cette interview

VF : Merci à vous, je vous souhaite beaucoup de succès.

« [Les réseaux sociaux] ont déshumanisé le rapport humain à l’autre » Christophe Zirnhelt

 

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Pierre-Marie Bonnaud : Bonjour Christophe Zirnhelt et merci de nous avoir accordé cette interview. Pour commencer pouvez-vous nous présenter votre parcours universitaire et ce qui vous a conduit au journalisme de télévision ?

Christophe Zirnhelt : Après un baccalauréat littéraire et déjà passionné par les médias j’ai poursuivi des études de droit, en choisissant toutes les matières qui étaient en lien avec la communication, l’image et les propriétés intellectuelles. Puis je me suis de plus en plus intéressé aux manières de communiquer, aux formes de communication et à l’élaboration des contenus, en assistant à des dizaines de conférences, de tables-rondes et d’émissions tv.

 

PMB : Vous êtes produceur et animateur sur France 3, comment définiriez-vous votre / vos métiers ? Quels sont vos missions et vos pratiques ?

CZ : Ce sont deux métiers différents et complémentaires, qui exigent chacun de la rigueur, beaucoup de travail et un esprit de management et d’équipe indispensable.

Etre producteur artistique c’est proposer des concepts ou accepter de travailler sur un concept existant pour l’amener au résultat souhaité tout en respectant un cahier des charges lié aux moyens financiers, matériel et humains, au contenu voulu en respectant le public ciblé en fonction d’un créneau de diffusion et de la concurrence ; c’est aussi travailler avec l’ensemble des corps de métiers.

Etre présentateur, c’est selon moi, d’abord être l’ambassadeur de ceux que l’on ne voit jamais, de ceux qui sont derrière les caméras ou en régie ou en fonction support.

C’est ensuite avoir en soi la curiosité de l’autre et l’envie de le mettre en avant en le laissant libre de sa parole.

C’est enfin savoir créer un lien invisible mais extrêmement fort avec les téléspectateurs qui sont aussi dorénavant des internautes.

 

PMB : Quelles sont les qualités essentielles d’un bon animateur ?

CZ : Les qualités essentielles d’un bon animateur sont l’envie de connaître l’autre, ne pas se contenter de ce que l’on sait mais toujours pousser la porte de domaines inconnus en osant posant des questions dont on ignore les réponses tout en sollicitant des mots libres. C’est aussi aimer travailler en équipe et se mette à la disposition des autres sans tirer la couverture à soi.

 

PMB : Vous avez aussi pratiqué le mediatraining. Quelles sont, selon-vous, les clés essentielles d’une bonne attitude face aux médias ?

CZ : Elles sont très simples :

  • savoir ce que l’on veut dire, comment on veut le dire et à qui on veut le dire
  • être conscient que l’on est jugé sur deux taux, un taux de sympathie et un taux de crédibilité
  • prendre conscience que le langage non verbal est tout aussi voire plus important que ce que le message lui-même
  • accepter la frustration de ne pas tout dire ce qui implique de savoir ce que l’on souhaite dire, de structurer son message.
  • savoir à quel média on s’adresse et la destination de son ITW

 

PMB : Comment considérez-vous les réseaux sociaux, faut-ils les considérer comme de simples dispositifs techniques de traitement de l’information ?

CZ : Ils sont bien plus que cela, ils sont devenus des outils de communication et parfois de manipulation ; nous entrons dans une période dans laquelle il faudra être très vigilant quant au contenu des réseaux sociaux.

Ils ont imposé, soutenu par les chaînes d’info en continu, un rythme nouveau pour le traitement de l’information.

Un avis, devient une information ; une rumeur ou un article diffamatoire aussi ; chacun participe à nourrir cela en le relayant sans aucune vérification souvent, sans le temps de la réflexion, et, ce qui est pire, en se cachant derrière des pseudos.

Il n’en demeure pas moins que les réseaux sociaux sont des outils incontournables, mais pas indispensables à chaque instant de notre vie. Ils ont déshumanisé le rapport humain à l’autre, qui aujourd’hui prend le temps de s’assoir sur un banc pour attendre un rendez-vous en regardant la vie qui l’entoure sans sortir son smartphone de sa poche pour vérifier si le monde tourne encore ?

 

PMB : Quelle question auriez-vous aimé que l’on vous pose et quelle réponse y auriez-vous apporté?

CZ : Celle-ci, et je réponds que je suis disposé à répondre à toutes celles que vous jugerez utiles de me poser

 

PMB : Merci Christophe Zirnhelt de nous avoir accordé cette interview

CZ : Avec plaisir, belle et longue route à vous.

« Toutes les politiques modernes se doivent d’être numériques » Camille Domange

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Pierre-Marie Bonnaud : Bonjour Camille Domange et merci de nous avoir accordé cette interview. Pour commencer pouvez-vous nous présenter votre parcours universitaire et ce qui vous a conduit au milieu politique ?

Camille Domange : Bonjour Pierre-Marie, bonjour Human Fields, J’ai un parcours qui s’est façonné autour d’une expertise juridico-économique et de mon intérêt pour les secteurs du numérique et des industries culturelles & créatives. Avocat de formation et diplômé de l’ESSEC, je suis également titulaire du diplôme de juriste conseil d’entreprise et de deux masters : l’un en droit des médias, l’autre en droit des affaires avec une spécialité en propriété intellectuelle et technologies numériques de la Faculté de Droit d’Aix-en-Provence. Du fait de ma formation j’ai évolué rapidement dans des cabinets d’avocats et de conseils internationaux avant de rejoindre le ministère de la Culture et de la Communication en tant que Secrétaire général du Conseil Supérieur de la Propriété Littéraire et Artistique et juriste en propriété intellectuelle. Ce passage dans le secteur politique s’est donc opéré par ma spécialisation juridique et l’envie de découvrir à un moment donné un univers qui m’était inconnu et qui me sortait de ma zone de confort.

 

PMB : Vous êtes chef du département des politiques numériques au sein du secrétariat général du ministère de la culture et de la communication, comment définiriez-vous votre métier ? Quels sont vos missions et vos pratiques ?

CDO : En tant que chef de département des politiques numériques, j’ai pour mission de définir et de coordonner la politique numérique de diffusion, de valorisation et de réutilisation des contenus culturels sur Internet et des données numériques. Concrètement, j’ai un rôle de conseiller, d’avocat, d’initiateur de nouvelles politiques publiques, de manager et de communicant sur les expertises portées dans mon département. Il faut donc mettre en permanence ses tripes sur la table pour faire avancer ses dossiers et concilier les positions des uns et des autres. Ce métier place le droit au cœur de ma pratique : du contrat que vous avez négocié à l’allocution rédigée qui doit être sécurisée. Vous m’avez ensuite interrogé sur mes méthodes de travail … Je travaille en mode « commando » car le temps du politique ménage peu de temps entre les phases où il faut être dans la stratégie et les phases où il faut agir vite et solutionner des problèmes. Cela nécessite un esprit agile, une souplesse d’organisation importante et une grande faculté d’adaptation. En résumé, j’analyse une situation, définis des objectifs et avance ensuite avec mon équipe. Vous l’avez compris, je crois profondément en la valeur du travail et plus encore dans le « faire ».

 

PMB : En 2013 vous avez déclaré avoir les problématiques relatives à l’open data et aux big data en incubation dans votre département. Qu’en est-il aujourd’hui ? Quelles difficultés rencontrez-vous dans chacun des modèles ?

CDO : La problématique des données numériques est le chantier décisif des dix prochaines années comme en témoigne la prégnance du big data … et quoi de plus normal lorsque l’on pense que 2,5 trillion d’octets de données sont produites par jour. Le secteur culturel avait un positionnement timide sur cette problématique, c’est pourquoi la « data culture » a été mise à l’honneur dans mon programme de travail et dans les différents discours du gouvernement sur le numérique. Aujourd’hui le bilan est positif car une véritable prise de conscience s’est opérée cette année notamment par la publication en janvier dernier du rapport « ouverture et partage des données culturelles, pour une (r)évolution numérique dans le secteur culturel ». Ce rapport fait suite à un audit juridique et économique de l’ensemble des institutions culturelles qui a été réalisé avec l’assistance d’une de mes collaboratrices avocate au barreau de New-York (Mlle Olivia Ruiz-Joffre). Il s’agissait de la première fois que le ministère opérait un tel exercice. La principale difficulté sur ces sujets n’est pas juridique ou technologique mais bien culturelle. En effet, ces différentes problématiques obligent à penser et à comprendre ce qu’est véritablement le numérique … et ensuite à en tirer toutes les conséquences dans les modèles d’affaires. Cela oblige par conséquence d’avoir des compétences transversales importantes dans des domaines différents : droit, économie, marketing, technique, communication.

 

PMB : Vous avez aussi déclaré vouloir « lancer un écosystème numérique au sein du ministère de la culture ». Qu’entendez-vous par ce terme ? L’avez-vous lancé ?

CDO : C’est vrai que j’ai tendance à parler beaucoup d’écosystème. Il s’agit de passer du biotope à un réseau fort d’échange et d’énergie formé par des expertises venues de dehors (hors secteur public). Cet écosystème n’existait pas car l’habitude était prise de travailler seul et de ne pas considérer les externalités positives offertes par l’intelligence collective. En quelques mois, de nombreux experts numériques extérieurs au ministère (avocats, membres d’association, universitaires, acteurs privés, entrepreneurs, etc.) se sont joints à notre action et ont permis de créer un véritable réseau dynamique … le fameux écosystème.

 

PMB : Pourquoi le digital est-il essentiel aux politiques publics modernes ? Est-il plus important au niveau national ou local ?

CDO : Le numérique est essentiel aujourd’hui dans la construction de l’ensemble des politiques publiques de l’Etat que ce soit au niveau national mais plus encore au niveau des territoires. Il doit innerver tous les secteurs et se penser de manière horizontale. Toutes les politiques modernes se doivent d’être numériques. Pour quelle raison ? car nous évoluons aujourd’hui dans le monde de l’économie numérisée. Ne pas prendre en compte cela, signifierait que l’on ne comprend pas l’environnement dans lequel nous évoluons … ce qui pourrait paraître inquiétant. Investir dans cette transition numérique est donc un investissement sur l’avenir.

 

PMB : Vous êtes enseignant à Paris I et à l’Institut de droit des affaires où vous enseignez les nouveaux rapport entre le digital et le droit. Le droit doit-il être repensé quand il s’agit de numérique ou simplement adapté ?

CDO: De nombreuses branches du droit permettent d’ores et déjà de réguler des pans entiers du numérique ; mais elles sont souvent méconnues ou utilisées à mauvais escient. La question n’est donc pas d’adapter le droit en faisant du bricolage juridique et de laisser croire qu’on travaille véritablement sur la norme juridique « numérique », mais de travailler à davantage d’articulation entre les différentes branches du droit en matière de numérique … et surtout de simplifier et de rendre davantage intelligible ce qui doit l’être. Je travaille d’ailleurs actuellement sur l’écriture d’un ouvrage qui abordera cette question dans le cadre de mes activités d’enseignement.

 

PMB : Comment penser les nouvelles questions relatives à la propriété intellectuelle ?

CDO : Les questions de propriété intellectuelle c’est à dire de propriété industrielle et de propriété littéraire et artistique sont avant tout des questions de société et elles sont capitales…car ce qui se joue de manière sous jacente c’est tout simplement les questions liées à l’économie de l’innovation ou comment mettre en place des systèmes qui poussent à la créativité tout en offrant un statut protecteur aux innovateurs. Les débats sur ces questions sont loin d’être nouveaux mais n’ont pourtant jamais été aussi présents  … il y a une véritable attente notamment sur la question du droit d’auteur. Cette branche du droit de la propriété intellectuelle s’est petit à petit sectorisée si bien que nous avons aujourd’hui un droit d’auteur du livre, un droit d’auteur de la musique, etc. C’est selon moi préjudiciable à la construction et à l’évolution du droit d’auteur  … et plus encore à l’ère numérique où les « objets » sont de plus en plus hybrides et se définissent donc de moins en moins par leur nature. Les nouvelles questions de propriété intellectuelle doivent par conséquent se penser comme des leviers de croissance, de créativité, d’emploi et non comme un frein systématique à l’innovation…c’est ce qui fait la force d’une nation et lui donne une puissance de rayonnement intellectuel.

 

PMB : Quelle citation, personnalité, livre ou film vous inspire ?

CDO : Dans quoi je puise mon inspiration … c’est une excellente question à laquelle j’ai bien du mal à répondre car je tire mon inspiration d’à peu près tout ce qui m’entoure … mais ce qui stimule peut être le plus ma créativité ce sont les arts plastiques et plus encore l’expression produite par les matières ou les couleurs … le travail et les œuvres de l’artiste Zao Wou Ki sont, par exemple, une grande source d’inspiration.

 

PMB : Merci Camille Domange de nous avoir accordé cette interview

CDO : Merci à vous !

 

 

 

 

 

 

 

 

« En politique, une bonne communication accompagne une action » Victor Schmidt

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Pierre-Marie Bonnaud : Bonjour Victor Schmidt et merci de nous avoir accordé cette interview. Pour commencer pouvez-vous nous présenter votre parcours universitaire et ce qui vous a conduit au milieu politique ?

Victor Schmidt : Bonjour Pierre-Marie. Après une terminale littéraire, hésitant entre le journalisme et le droit, j’ai intégré une classe préparatoire littéraire. Hypokhâgne et khâgne, deux années très riches mais dont le rythme soutenu a été un peu difficile à suivre. Après ces deux années, direction l’université où j’ai directement rejoint la 3e année de licence, grâce au système des équivalences, en droit et science politique. Puis le master 1 du même parcours, avec une spécialisation en action publique locale et nationale (l’autre spécialisation portant sur l’action publique européenne et internationale). En 5e année, je rejoins l’institut d’études politiques de Lille, en master 2 communication publique. Après mon – premier – stage de fin d’études dans une agence de relations publiques, je travaille quelques mois avec en tête l’idée de poursuivre mes études, souhaitant me recentrer sur le travail proprement politique, auprès d’élus. Je reprends alors en master 1 travail politique et parlementaire à l’université de Nanterre puis, en 2012, en master 2 affaires publiques à la Sorbonne. Je rejoins alors le cabinet du président de la région Ile-de-France pour mon second et véritable stage de fin d’études, où je travaille durant une année et demie, avant de partir pour l’Assemblée nationale. Ce que je retiens de ce parcours avec quelques zigzags ? M’être familiarisé, peu à peu, avec le fonctionnement des institutions, le rôle des acteurs qui s’y trouvent (élus, agents, citoyens), les manières de s’y comporter. La sphère politique, comme tous les milieux professionnels, est traversée de codes et de façons de faire qu’il est parfois compliqué d’appréhender de l’extérieur. Les enseignements de sociologie m’ont paru particulièrement éclairant pour comprendre cela.

Comment fait-on de la politique son activité professionnelle ? Mon intérêt pour la politique n’est pas récent et, aussi loin que je me rappelle, c’est quelque chose qui m’a toujours intéressé, voire un peu fasciné. Le fait de toucher à tous les sujets, la possibilité de décider, la solennité, le décorum, les discours… Aujourd’hui, c’est surtout le fait de rencontrer tous les jours des personnes extrêmement différentes. Des personnes qui présentent des projets, des idées, qui agissent dans la société. J’ai le sentiment qu’il existe moins qu’ailleurs de risque de tomber dans une certaine routine. J’ai parfois du mal à l’expliquer mais pour le moment, je m’amuse vraiment dans ce que je fais.

PMB : Vous êtes collaborateur parlementaire de Carlos Da Silva, député de l’Essonne, membre de la commission des Lois, porte-parole du Parti socialiste, comment définiriez-vous votre métier ? Quels sont vos missions et vos pratiques ?

VS : Mon travail aux côtés de Carlos Da Silva est récent et je n’ai vraiment pas fait le tour des missions qui pourront m’être confiées, mais mon arrivée en juillet, lorsqu’il était rapporteur du projet de loi sur la délimitation des régions, a été une sorte d’apprentissage accéléré. De mes expériences précédentes et pour résumer, ma principale mission comme collaborateur d’élu est de faire en sorte, avec les autres collaborateurs, que le député ne se trouve pas en difficulté sur tous les sujets auxquels il peut être confronté. Cela consiste à préparer avec lui les réponses qu’il va apporter aux questions, courriers, sollicitations diverses qui lui sont adressés ; déterminer les positionnements politiques qu’il souhaite prendre sur les différents sujets d’actualité (si le député a souvent des positions très claires, il reste toujours à l’écoute de nos conseils et critiques) ; pour la partie parlementaire qui me concerne davantage, suivre les textes étudiés à l’Assemblée et en commission, assister aux réunions, rédiger les amendements, une partie des discours et questions écrites et orales… Il faut être curieux, disponible, à l’écoute des uns et des autres, dans les réunions mais aussi dans les couloirs, dans les moments plus informels où s’échangent beaucoup d’informations que l’on n’obtient pas forcément ailleurs. Je dirais qu’au-delà de l’accompagnement de l’élu, mon métier consiste surtout à avoir les bonnes informations au bon moment. On fantasme parfois un peu sur le côté « travail dans l’ombre » des petites mains de la politique ; en réalité, cela demande pas mal d’humilité et de discrétion. La notion clé entre l’élu et les membres de son équipe, c’est la confiance.

PMB : Quelles sont les qualités d’un bon collaborateur parlementaire ?

VS : Pour moi, l’essentiel pourrait se résumer à : disponibilité, curiosité, réactivité, discrétion. Un peu d’humour est bienvenu aussi. On traite de sujets sérieux mais cela ne doit pas nous empêcher de prendre un peu de recul.

PMB : Vous avez été collaborateur au cabinet du président du Conseil Régional d’Ile de France, chargé de mission relations avec le Parlement, que tirez-vous de cette expérience ?

VS : Je suis arrivé au cabinet du président pour mon stage de fin d’études. Pendant les deux premières semaines, j’ai surtout écouté, observé et posé des questions ; je ne comprenais pas la moitié des sujets dont on me parlait… Mais l’équipe était très ouverte, très disponible et franchement bienveillante. Je me suis donc plongé dans les dossiers qui concernaient mon secteur (les relations entre l’institution régionale et le Parlement) : évolution des collectivités, réforme territoriale, création de la métropole du Grand Paris… Et dans la mesure où mes collègues m’ont rapidement fait confiance, je me suis très vite senti suffisamment à l’aise pour proposer, essayer, me tromper de temps en temps. J’ai toujours aimé travailler avec une grande autonomie, ce qui n’est certes pas sans contrainte, et j’ai pu trouver cela à la présidence du conseil régional. Travailler en cabinet est un exercice passionnant, très prenant, fatigant mais hyper stimulant. L’ambiance est essentielle et en l’occurrence, j’en garde un excellent souvenir.

PMB : Quels sont les éléments clés d’une bonne communication politique ? En quoi est-elle essentielle à la pratique du politique ?

VS : Le premier élément qui me vient en tête, c’est la cohérence. Celle du message, de l’émetteur… Les hommes et femmes politiques ont tendance à vouloir s’exprimer à propos de tout et parfois n’importe quoi et ils sont en permanence sollicités, il faut de temps en temps les freiner, dans leur intérêt. Il faut aussi rester humble : tous les acteurs politiques n’ont pas nécessairement vocation à devenir de grands communicants, et c’est très bien ainsi. La communication est un moyen, un outil, un vecteur, pas une fin en soi. Une bonne communication se prépare; c’est un autre écueil fréquemment rencontré que de penser qu’il suffit de parler correctement, de sourire… En politique, une “bonne” communication accompagne une action – avant, pendant, après – mais elle n’est pas censée la remplacer. J’ai rencontré des hommes politiques compétents, travailleurs, sérieux, qui négligeaient cet aspect et ne tiraient finalement que peu de profit de leur travail. Or, si la communication a de l’importance, c’est précisément en ce sens que si vous réalisez quelque chose, la politique étant ce qu’elle est, vous devez le faire savoir. Sinon cela n’a que peu d’intérêt.

PMB : Quelle citation, personnalité, livre ou film vous inspire ?

VS : Une citation dont il existe pas mal de variantes, attribuée en général à Bismarck ou John Godfrey Saxe, on ne sait pas trop, reprise par Churchill et de nombreux autres et qui dit à peu près cela : les lois sont comme les saucisses, il vaut mieux ne pas voir comment elles sont préparées. Je ne sais pas si elle m’inspire mais elle m’amuse.

PMB : Quelle question auriez-vous aimé que l’on vous pose et quelle réponse y auriez-vous apporté?

VS : Faut-il obligatoirement être encarté ou être du même bord que l’élu pour lequel on travaille ? C’est une question que, bizarrement, on m’a souvent posée. Naturellement, rien n’est jamais « obligatoire ». Et si certains élus peuvent souhaiter ne s’entourer que de militants, ça n’a jamais été mon cas. Mais il va de soi qu’une certaine proximité idéologique et partisane facilite grandement le travail. L’essentiel de la relation élu-collaborateur repose sur ce lien de confiance un peu particulier, lui-même appuyé sur un certain nombre de valeurs, d’idées politiques que l’on souhaite défendre ensemble. Et donc sans être absolument manichéen ni sectaire, j’imagine difficilement qu’une personne foncièrement engagée à droite puisse être un excellent collaborateur d’élu de gauche, et inversement. C’est un métier dans lequel vous passez votre temps à argumenter et défendre des idées. Un minimum de conviction dans les valeurs que l’on défend me semble indispensable.

PMB : Merci Victor Schmidt de nous avoir accordé cette interview

VS : Merci Pierre-Marie et bonne continuation sur ce blog.

« Il y a aujourd’hui une crise de la démocratie en France » Aurélien Barbé

 photo AB

Pierre-Marie Bonnaud : Bonjour Aurélien Barbé et merci de nous avoir accordé cette interview. Pour commencer pouvez-vous nous présenter votre parcours universitaire et ce qui vous a conduit au milieu politique ?

Aurélien Barbé : Bonjour et merci pour votre invitation. J’ai un parcours universitaire assez classique avec une formation juridique, principalement en droit public, science politique et relations internationales à l’Université de Rennes 1 puis de Paris II Panthéon-Assas. J’ai également fait une année Erasmus en Irlande. Après mon master 2 en relations internationales à Paris II, j’ai décroché une bourse pour faire une thèse dans ce domaine sous la direction du Professeur Serge Sur. En parallèle, j’ai été recruté comme moniteur puis ATER, c’est-à- dire chargé de TD, et j’ai donc enseigné le droit et les relations internationales à des étudiants de la 1ère année au niveau Master 2.

Depuis toujours passionné par la politique nationale et internationale, j’ai saisi l’occasion des élections législatives de 2012 pour postuler auprès d’un député du Gard, Patrice Prat, nouvellement élu, et devenir son attaché parlementaire à l’Assemblée nationale.

Un pied dans la recherche avec la thèse donc et un pied dans l’action politique à l’Assemblée nationale. C’est le sens de cet engagement.

 

PMB : Vous êtes actuellement collaborateur parlementaire, comment définiriez-vous votre métier ? Quels sont vos missions et vos pratiques ?

AB : C’est un métier passionnant pour qui aime la chose publique comme moi. Il faut être drogué à l’actualité. On est au cœur de la machine politique et des enjeux de pouvoir. Mon rôle et mes missions sont très divers et variés. Je m’occupe du travail législatif (suivi des projets et propositions de loi, rédaction d’amendements, groupes de travail…), de la rédaction des interventions, discours, éléments de langage et notes, des relations avec la presse et le PS, de l’agenda, des sollicitations de toutes sortes de la part des citoyens de la circonscriptions, du lien avec les cabinets ministériels… D’une manière générale, nous faisons office de « filtre » entre les citoyens et le député.

Cela me permet de rencontrer et de nouer un tissu de relations professionnelles important, et de développer une expertise sur une multitude de domaines dont je n’était pas forcément familier.

 

PMB : Vous êtes actuellement doctorant et enseignant-chercheur à Assas et êtes en train de rédiger une thèse portant sur le rôle de la puissance dans les relations internationales contemporaines. Quelle distinction faites-vous entre ce concept omniexplicatif existentiel et celui de l’antique  potestas ? Le rôle de la puissance a-t-il évolué ?

AB : Le terme latin Potestas désigne avant tout, originellement, la notion de pouvoir ou d’autorité plutôt au sens constitutionnel. L’étymologie latine de la notion de puissance est potere, potentia, qui donnera dès le IXème siècle le mot « pouvoir », qui est l’infinitif du verbe posse (être capable de, en avoir la force) puis « potentiel ». Le v intervocalique renvoie l’idée de devoir et d’avoir (possession). Le terme de puissance est apparu un peu plus tard, au XIIème siècle, à travers le latin vulgaire possiente d’abord associé à l’idée d’État souverain ou de souveraineté.

En particulier, il faut faire la distinction entre pouvoir et puissance. Le pouvoir est davantage utilisé dans la sphère interne. Il est associé à 4 caractéristiques : une fonction déterminée, des compétences préétablies, des organes institués, une autorité particulière. A l’inverse, la puissance s’emploie dans la sphère internationale. Elle est plus diffuse et moins encadrée. Elle suppose un rapport au temps qui est différent.

Pour reprendre en substance une pensée imagée d’Elias Canetti, le chat qui attrape et mange la souris exerce un pouvoir, une force ou une violence ; quand celui-ci joue avec la souris en lui laissant un petit périmètre de fausse et provisoire liberté, il jouit de sa puissance.

Le rôle de la puissance a effectivement évolué et s’est adapté aux changements de nature des relations internationales. Elle n’est plus aujourd’hui strictement rattachée à des domaines du « Hard Power » comme le militaire ou l’économie. Elle doit faire face à la montée en gamme de nouveaux acteurs transnationaux et de nouvelles interactions qui lui demandent de s’adapter à un monde complexe et déterritorialisé. En d’autres termes, la puissance reste un des outils de compréhension des relations internationales les plus utiles mais en même temps le plus mouvant, le plus relatif, le plus complexe à analyser.

 

PMB : Quelle place faites-vous à l’usage de la notion de puissance comme argument du discours ? 

AB : Il y a en fait deux choses à observer. Il y a l’usage de la puissance comme élément de discours, et il y a un discours typique sur la puissance de la part du politique. Dans le premier cas, la puissance est diversement utilisée selon les cultures et l’histoire des acteurs internationaux. Par exemple, il y a en France un discours important et récurrent sur le rang et la grandeur française. Il est hérité de la diplomatie gaullienne des années 1960 et revient périodiquement sur le devant de la scène notamment lorsque les déclinistes font entendre leur voix. Toute une mythologie, une mise en scène et un vocabulaire sont ainsi associés à ces discours. Je pense par exemple au concept de « Puissance d’influence » développé par le Ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, récemment. Mais on aurait également pu citer « l’Hyperpuissance » américaine chère à Hubert Védrine.

 

PMB : Vous avez rejoint la liste d’Eric Lejoindre aux dernières municipales. Quels constats tirez-vous de cette expérience ?

AB : J’étais effectivement présent sur la liste d’Eric Lejoindre aux élections municipales de mars 2014 dans le 18ème arrondissement à Paris. C’était un engagement important et murement réfléchi qui vient dans la continuité de mon investissement au PS depuis 3 ans dans cet arrondissement auquel je suis très attaché. La campagne a été intense et passionnante. Je me suis particulièrement investi sur le terrain notamment à travers le porte à porte, les réunions d’appartements ou les réunions de quartier.

D’une manière générale, en plus du résultat final, cette expérience a été très enrichissante du point de vue de la compréhension des mécanismes concrets d’une campagne électorale, du travail collectif autour d’une équipe soudée et d’une vraie réflexion sur un projet politique local.

 

PMB : Vous attachez beaucoup d’importance aux questions touchant au concept de démocratie locale. Comment pensez-vous que l’on puisse développer cette idée? En quoi est-ce essentiel à la vie d’une localité ? 

AB : Il y a aujourd’hui une crise de la démocratie en France, une crise des mécanismes démocratiques. Le citoyen ne sait plus à quoi sert la politique, comment faire de la politique et ce que la politique peut lui apporter. Cela engendre les différents mouvements de contestation, de rejet, de repli identitaire que nous constatons tous les jours.

L’idée est donc de redonner du sens à l’action politique en associant davantage le citoyen, l’habitant du quartier à des projets à l’échelle locale.Dans un arrondissement à Paris, cela passe par la constitution des conseils de quartier qui pourront mettre en œuvre, avec un budget adéquat, des projets très concrets sur leur territoire avec un suivi régulier de la part des habitants.

Cela peut sembler modeste mais c’est un premier pas plus que symbolique vers une redéfinition de notre démocratie locale. Et cela fonctionne ! Il faut encourager cette manière de faire de la politique autrement.

 

PMB : Quelle citation, personnalité, livre ou film vous a le plus inspiré ?

AB : Malgré ces erreurs de jugement parfois, il y a une personnalité à laquelle je reste particulièrement attaché et qui, me semble-t-il, représente une certaine idée du génie et de l’esprit français.

Pour l’homme, son engagement, son talent, sa vie : Jean-Paul Sartre.

Il termine notamment son magnifique récit Les Mots par cette phrase : « Si je range l’impossible salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui».

 

PMB : Quelle question auriez-vous aimé que l’on vous pose ?

AB : Une question qui reste toujours d’actualité : La Politique est-elle une science ou un art ?

 

PMB : Merci Aurélien Barbé de nous avoir accordé cette interview

AB : Merci à vous, et bon courage dans votre nouvelle aventure.

« Il n’est de pire crise que celle que l’on provoque soi-même à force de dissimulations » Pierre Catalan

Pierre Catalan

 

Pierre-Marie Bonnaud : Bonjour Pierre Catalan et merci de nous avoir accordé cette interview. Pour commencer pouvez-vous nous présenter votre parcours universitaire et ce qui vous a conduit à la pratique de la communication ?

Pierre Catalan : N’importe qui « pratique la communication ». Chacun d’entre nous sur son compte Facebook, LinkedIn, Twitter, est le communicant de sa marque personnelle : « que mes amis/contacts doivent-ils (sa)voir de moi ? ».

De mon côté, mon parcours universitaire a pas mal été marqué par la communication politique ; j’ai milité dans une association de promotion de l’Europe en France, participé à la campagne du « oui » pour le Traité constitutionnel européen en 2005… puis, après un master en Affaires européennes à Sciences Po, j’ai commencé ma carrière professionnelle il y a 6 ans chez Euro RSCG, qui avait en charge une grande partie de la communication gouvernementale pendant la Présidence française de l’Union européenne (2008).

La communication publique et politique, les relations aux institutions et les façons de contribuer aux politiques publiques me passionnent depuis.

 

PMB : Vous êtes conseiller chez Euros / Agency, une agence de conseil en communication politique et corporate. Quelles sont vos pratiques et missions ? Quelles limites rencontrez-vous ?

PC : Euros / Agency est une agence jeune à deux titres : elle a été fondée il y a moins de trois ans et ses 9 collaborateurs ont entre 24 et 34 ans. Nous sommes présents à Paris et à Bruxelles, et nous spécialisons en conseil en affaires publiques et en influence, et en communication corporate, sans spécialisation sectorielle précise.

Nos missions vont donc de la formalisation d’un positionnement et d’un discours corporate, à sa traduction en affaires publiques et en communication de crise. Nous déployons également des dispositifs de relations presse et d’influence off et online, et de créer des outils, éditoriaux, audiovisuels ou digitaux.

Nous avons la chance de cultiver encore un esprit start-up où les initiatives personnelles sont nombreuses et où on s’amuse pas mal à essayer de créer des choses. Y compris avec nos clients, qui sont principalement des entreprises jeunes, des collectivités ou des organisations non-gouvernementales fatiguées des grosses agences statiques qui abusent des situations de rente.

L’agence est passée en moins de 3 ans de 2 à 9 salariés. Je ne vois pas aujourd’hui de limites particulières qui se posent à Euros / Agency…

 

PMB : En quoi la communication d’influence est-elle essentielle au fonctionnement démocratique ? Quelles pratiques adopter ?

PC : Le système politique connaît ses limites, et les domaines de législation sont de plus en plus complexes. Il est assez naturel que les parties prenantes de différents secteurs aient une connaissance plus pointue des effets de telle ou telle mesure sur leur activité, que des parlementaires par exemple. Dans le même temps, l’opinion publique, et donc les représentants élus des citoyens ont des demandes de plus en plus détaillées et critiques vis-à-vis des activités de certaines entreprises, leur transparence ou leur impact social, économique ou environnemental.

L’enjeu de la communication d’influence, c’est de réussir à faire comprendre les effets – négatifs ou positifs – des décisions que les pouvoirs publics sont ou seraient amenés à prendre. Éventuellement d’en suggérer.

Les stratégies peuvent vouloir mobiliser l’opinion publique, ou se circonscrire à des acteurs du secteur ou de la filière. Ou évidemment se concentrer spécifiquement sur les législateurs ou l’exécutif. Toujours est-il qu’elles doivent à mon sens respecter deux valeurs essentielles : sincérité et équité.

Sincérité, parce qu’il est inutile d’adopter une démarche de relation aux institutions si c’est pour mentir ou ne faire que bloquer des décisions sans leur opposer une alternative ou des aménagements. Equité, parce qu’il n’est de bonne législation qui ne donne accès à toutes les parties prenantes à son élaboration.

 

PMB : Vous êtes membre du groupe de réflexion Nouvelle Europe qui défend l’idée que la réunification européenne est encore devant nous. Pourquoi le projet européen est-il un sujet de premier plan ?

PC : Lorsqu’on est un espace intégré de plus de 500 millions d’habitants, partageant un marché commun, la liberté de circulation et d’établissement, un parlement transnational réuni non par nationalités mais par sensibilités politiques, et – pour la plupart d’entre nous – une monnaie commune, il est difficile de ne pas dire que ce sujet n’est pas « de premier plan ».

Du reste, l’impact économique de ces 500 millions de consommateurs européens au niveau de vie élevé est conséquent. Il peut imposer des critères environnementaux et sociaux à l’industrie. Cela, l’UE l’a fait avec par exemple le règlement REACH sur les produits chimiques, le paquet énergie-climat pour la réduction de 20% des gaz à effet de serre d’ici 2020, ou encore dernièrement pour la protection des données personnelles, dans le « Paquet Télécom ».

Mais l’influence de ces 500 millions de gens riches s’affaiblit, au regard de la Chine, du Brésil, de l’Inde. Bien entendu, des Etats-Unis. Nous avons le choix : nous contenter de rester dans un îlot de prospérité sommes toutes toute relative à long terme, ou bien nous organiser pour devenir une véritable entité politique à l’échelle mondiale.

A Nouvelle Europe, nous réfléchissons sur les façons dont les élargissements successifs de l’UE, qui nous ont amenés à 28 Etats-membres aujourd’hui, peuvent être compatibles avec un approfondissement des politiques communes.

 

PMB : Quelle est la spécificité de la communication au sein de l’Union Européenne ? En quoi se distingue-t-elle de la pratique française selon vous ?

PC : A bien des égards, elle est plus simple : les étapes de consultation sont cadrées, les institutions sont ouvertes aux intervenants extérieurs. Il y a une pratique bien plus transparente de la représentation d’intérêts, notamment grâce au registre des représentants d’intérêts de la Commission européenne et le code éthique des agents des administrations européennes, très strict.

Cette rigueur mise à la contribution extérieure aux politiques publiques incite nécessairement les entreprises, associations professionnelles ou cabinets de conseil comme le nôtre à apporter de la valeur ajoutée et entrer dans un cadre de collaboration avec les institutions qui soit le plus productif possible. Cette culture ne s’est hélas pas encore imposée en France, et par exemple, les règlements intérieurs de l’Assemblée nationale ou du Sénat sont encore très timides de ce point de vue.

Après, il y a des spécificités, des coalitions d’intérêts à monter et cela sort du cadre classique de la consultation que provoquent les institutions auprès des représentants d’intérêts. Parfois, les intérêts économiques des Etats peuvent faire les meilleurs alliés.

 

PMB : Vous êtes intervenant à l’European Communication School où vous enseignez la « communication externe et parties prenantes en contexte de crise et de restructuration », pourriez-vous nous expliquer de quoi il retourne?

PC : C’est un cours donné en master 2 sur la structure d’une communication de crise en entreprise, avec des cas pratiques, de crises exogènes ou endogènes. La communication en plan de sauvegarde de l’emploi étant assez spécifique, car régie par des procédures juridiques très encadrées, fait l’objet d’une séance spécifique.

Au menu donc, comment anticiper les scénarios de crise, créer des relations avec ses parties prenantes critiques, organiser le porte-parolat, les éléments de langage, à quels moments prendre la parole et auprès de qui, etc.

 

PMB : Quelles attitudes conseilleriez-vous pour communiquer sous tension ? Quelle place accorder au digital dans une gestion de crise ?

PC : Autant que faire se peut, une franchise totale affichée dans la communication. Il n’est de pire crise que celle que l’on provoque soi-même à force de dissimulations. Cela nécessite, en amont, d’avoir su anticiper les crises potentielles et élaboré un scénario de réponse et des éléments de langage. Cela implique également pour les entreprises d’avoir su s’ouvrir à leurs parties prenantes, notamment critiques, et d’avoir su évoluer d’elles-mêmes, et non à marche forcée.

S’il peut apparaître nécessaire de s’adresser en premier lieu à l’opinion publique, on oublie souvent d’informer les relais d’opinion : élus locaux, parlementaires, presse spécialisée ou professionnelle, presse locale, association professionnelle ou filière.

Le volet digital d’une gestion de crise incite à mon sens au maximum de franchise possible : c’est le sens de l’usage de réseaux sociaux. Et, si je n’ai jamais vu une crise réellement démarrer sur internet (hors bad buzz épisodiques), toute prise en défaut de l’entreprise est vecteur de mobilisation supplémentaire qu’il est difficile de canaliser et à laquelle il est difficile de répondre.

Au final, on se rend compte que le consommateur et le citoyen sont deux personnes différentes. Dans la « vie réelle » comme en ligne. Pas la peine de dramatiser les réseaux sociaux comme le font de nombreuses agences qui cherchent à valoriser leurs honoraires, donc.

 

PMB : Quelle citation ou personnalité vous inspire le plus ?

PC : J’ai eu la chance pendant deux ans de travailler très étroitement avec le Professeur Marc Gentilini, lorsque j’étais à la fondation Chirac, sur des problématiques d’accès à la santé dans les pays en développement.

Il a été le premier à mettre en place des centres de traitement ambulatoire adaptés aux réalités sanitaires et sociales des pays en développement. C’est également lui qui a lourdement mobilisé les autorités françaises dans la lutte contre le sida. Il a présidé la Croix-Rouge et préside aujourd’hui une association très efficace qui s’appelle l’OPALS.

A bien des égards, c’est l’illustration parfaite de l’honnête-homme et je tâche autant que possible de me demander ce que lui ferait à ma place. C’est d’ailleurs lui qui m’a fait découvrir cette citation d’Edmund Burke : « Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien ».

 

PMB : Quelle question auriez-vous aimé vous voir poser ?

PC : Peut-être une question sur la valeur ajoutée des agences de communication et cabinets d’affaires publiques, souvent mal vues à cause de quelques polémiques isolées, mais qui bien souvent – quand elles sont bonnes bien sûr 🙂 – font auprès de leurs clients un travail d’accompagnement de changements de pratiques et de conviction très important.